Rika Zaraï, fille d'Israël adoptée par la France

01/03/2021

À la toute fin des années 50, Rika Zaraï quitte Israël pour gagner la France. Pour elle, la musique n'est pas un accident et encore moins une fatalité : elle est une vocation ! Premier prix de piano à Jerusalem mais aussi chanteuse dans une comédie musicale, Rika Zaraï, jeune artiste chevronnée, compte bel et bien réussir dans l'Hexagone.

Premiers pas dans la musique (1945-1958)

"Ma mère voulait me voir pianiste"

Agée de sept ans à peine, cette enfant de Jérusalem prend la voie du piano influencée par sa mère. Mais n'allez pas croire que celle-ci se sent contrainte, bien au contraire !

En 1955, Rika Zaraï est en avance dans sa scolarité. Elle part faire son service militaire à seulement 17 ans. Étant donné son premier prix de piano, elle obtient d'emblée le grade de sergent-chef et se retrouve directrice musicale des groupes de variétés de l'armée. Durant cette période, Rika Zaraï contribue à la création de la toute première comédie musicale israélienne. En 1958, au sortir de son service militaire, ce sont les débuts au club du théâtre à Tel Aviv où elle joue le rôle principal de la comédie musicale pour laquelle elle a participé. De là, l'artiste en devenir commence à se faire un nom dans son pays. Aussi, elle découvre la chanson française à travers Brassens, présent dans les bacs, chez son disquaire. Elle tombe sur un 45 tours : "Chanson pour l'Auvergnat". Ne parlant pas un mot de français, elle fait traduire les paroles. Enthousiasmée par la fraternité et le message de solidarité de la chanson, elle décide d'écrire elle-même la version hébraïque. Sa version connaît un important succès en Israël. Cependant, elle rêve de chanter à Paris...

Un long passage à vide (1959-1968)

En effet, tout israélien faisant de la musique rêve un jour de chanter à l'Olympia. Ce fut le rêve de Rika Zaraï. En israël, elle fait la rencontre d'un impresario qui lui fait miroiter qu'il connaît en personne Bruno Coquatrix, l'illustre directeur général de l'Olympia de Paris. Partie pour la France, elle cherche à joindre à tout prix le pape du music-hall, mais en vain. Un jour, elle croit reconnaître une silhouette et l'apostrophe. Bruno Coquatrix l'a fait entrer dans son bureau. Rika Zaraï, en anglais, s'empresse de lui parler de son ami impresario israélien. Bien entendu, monsieur Coquatrix ne le connaît absolument pas. Quand bien même, il la laisse chanter a capela et se laisse séduire. Il lui avoue : " Tu es la plus étrange des chanteuses que j'ai rencontrée... à tel point que je me suis demandé si tu étais sainte d'esprit ou pas.". Bruno Coquatrix s'engage donc à la faire chanter sur les planches de son music-hall.

Entre temps, Eddy Barclay la repère. En quête d'une autre chanteuse à accent, il lui fait signer un contrat; mais difficile pour Rika Zaraï de s'imposer dans le paysage audio-visuel français en tant que telle. Pour cause, Dalida marche très fort et fait beaucoup d'ombre aux autres chanteuses exotiques, à l'image de Gloria Lasso. Elle est la chanteuse qui vend le plus de disques et est aussi célèbre en France qu'à l'étranger.

Alors, c'est essentiellement sur diverses scènes et avec différents artistes que Rika Zaraï débute. Elle réalise des premières parties : celles de Jacques Brel à l'Olympia, des Chaussettes noires, de Henri Tiso à Bobino. En 1964, elle chante deux chansons d'Aznavour : "Le temps" et "Et pourtant". 

Malgré tout, Charles Aznavour se charge lui-même du succès desdites ritournelles. En 1965, elle part en tournées aux côtés de Gilbert Bécaud. Aussi, Jean-Jacques Tilche, qui travaille pour la maison de disques Philips, signe Rika Zaraï.

Même si l'on parle d'elle, les ventes de disques sont assez médiocres. - À quand le premier succès ?

Le temps du succès (1969-1970)

En 1969, c'est avec une reprise d'une chanson soviétique que la chanteuse rencontre un succès considérable. En effet, "Katioucha" - intitulée originellement ainsi - laisse place au "Casatchok". Les ventes de disques explosent. Tant et si bien que la chanson atteint la 7ᵉᵐᵉ place des ventes dès son arrivée dans les classements en février, puis atteint la 3ᵉᵐᵉ place des ventes en mars. 620 000 disques se vendent en France. Elle rencontre également une autre gloire dans l'Hexagone avec "Alors je chante", vendu à 450 000 exemplaires en France. Rika Zaraï obtient aussi son tout premier disque d'or; récompense pour laquelle elle aura dû attendre 9 ans. Ce dernier, elle le reçoit pour avoir vendu plus de 100 000 copies de son EP "Jerushala'im shel zahav" au Pays-Bas, où le titre occupe la 5ᵉᵐᵉ place des ventes. Entre temps, elle recevra deux disques d'or; un pour "Casatchok" et l'autre pour "Alors je chante". Elle obtient également le Grand prix RTL international pour la France avec "21, rue des amours".

En novembre, alors qu'elle s'apprête à regagner Paris après avoir fait une date dans l'Est, la voiture dans laquelle elle se trouve est emportée par une tempête et tombe dans un ravin. De cet accident, elle a du mal à s'en remettre et de cette longue convalescence sort la chanson "Balapapa". Celle-ci devient un tube en 1970.

disque d'or - 1971
disque d'or - 1971

Effectivement, le disque se vend à 340 000 exemplaires. Le succès alors rencontré l'année passée continue sa progression. Elle chante aussi "Tante Agathe" qui est 3ᵉᵐᵉ des ventes en novembre. Selon le Centre d'Information et de Documentation du Disque (CIDD), Rika Zaraï est l'artiste féminine qui a vendu le plus de singles en France en 1970 et la deuxième après Nana Mouskouri à avoir vendu le plus d'albums : plus d'un million de copies écoulées au total durant l'année. Sa maison de disques Philips lui décerne pour l'occasion un énième disque d'or en 1971. Rika Zaraï est devenue "bankable". 

Malheureusement, le succès ne se prolonge pas et progressivement les ventes baissent. Rika Zaraï ne connaîtra plus de pareilles ventes au cours de sa carrière.

Rika, une chanteuse moins commerciale (1971-1975)

De 1971 à 1975, Rika Zaraï sort de nouvelles chansons comme "Les jolies cartes postales", "Qu'elle est belle" ou encore "C'est ça la France". Les ventes sont moins bonnes et atteignent simplement quelques centaines de milliers de disques en tout et pour tout. Le succès commercial n'aura été que de courte durée. S'il ne s'agit pas de vendre un million de disques chaque année, ses 45 tours sont en deçà des 100 000 copies vendues et s'arrêtent parfois aux 50 000 exemplaires seulement; sans parler des albums qui pour la plupart ne se vendent plus. La carrière de Rika Zaraï commence à battre de l'aile.

Renouement avec le succès grâce aux Antilles (1976)

Rika Zaraï retrouve un certain succès en cette année 1976 avec une chanson très popu, pour ne pas dire très franchouillarde. Pourtant, il n'en est rien de base. Cette chanson est à l'origine un air venu tout droit des Antilles. C'est lors d'un voyage à Tahiti que la chanteuse la découvre et décide de l'enregistrer. Elle devient très vite un de ses titres cultes. En effet, avec "Sans chemise, sans pantalon" l'interprète renoue pour peu de temps avec le succès. Autour de 200 000 disques se vendent. Au hit-parade, la chanson atteint la 13ᵉᵐᵉ place. 

Du marasme à la reconversion ranimante (1977-2000's)

Le succès populaire la quitte. Durant cette période, Rika Zaraï plonge dans une grande déprime. Pour s'en remettre, elle décide de se guérir avec les plantes. Eu égard à sa perte de succès en tant que chanteuse, Rika Zaraï après avoir quitté sa maison de disques en 1983, sort son premier livre 2 ans plus tard : Ma médecine naturelle. Celui-ci, comme les autres qu'elle écrit, devient un best-seller. La nouvelle écrivaine comprend alors qu'elle a engrangée une reconversion très rentable. Si elle vend des millions de livres, elle s'attire les foudres du monde de la médecine. Elle est accusée de "complicité d'exercice illégal de la pharmacie" pour avoir ouvert un établissement vendant des plantes médicinales. L'affaire se solde par un non-lieu. Rika Zaraï continue d'écrire tout au long des années, comme en 1989; année durant laquelle paraît son ouvrage Mes recettes saines et gourmandes.

Elle essaie parallèlement quelques incursions dans le paysage musical français... mais sans grand succès. 

En 2008, alors qu'elle sort un album "Quand les Hommes...", elle est victime d'un AVC dont elle met beaucoup de temps à se rétablir. 

Rika Zaraï s'éteint le 23 décembre 2020 à l'âge de 82 ans.